jeudi 6 mars 2014

Tenenkou-Léré-Youwarou-Niafunké : Un carnage se profile à l’horizon - maliweb.net

Tenenkou-Léré-Youwarou-Niafunké : Un carnage se profile à l’horizon - maliweb.net


rebelles_nordUne hécatombe humaine est à redouter sérieusement et de façon imminente entre les rebelles du Mnla et les populations peules implantées dans les cercles de Ténenkou, Youwarou, Léré, Niafunké et même Mopti. En longueur de journée, celles-ci font en effet l’objet d’exactions de

toutes sortes : meurtres, assassinats, coups et blessures, enlèvements de bétails, vols d’engins et d’objets de valeurs.

L’association Tabital Pulaaku (Association des amis de la culture peule) est montée au créneau moult fois, mais les autorités maliennes ne réagissent pas à leur cri de détresse.
Alors, les peuls des zones concernées ont décidé de prendre leur destin en main : SE DEFENDRE PAR TOUS LES MOYENS ARMES POSSIBLES.
Au moment où nous sommes entrain d’écrire cet article, 25 corps de victimes gisent au fond d’un puits-charnier, près de Doungoura. Plusieurs fois démarchées, les autorités refusent d’être témoin de cette horreur, alors que les parents ne demandent, ni plus, ni moins, qu’à donner une sépulture aux leurs.
A titre de rappel, Doungoura est une bourgade de la commune rurale de Toguéré Coumbé, dans le cercle de Ténenkou. C’est à quelque 7 kms de là, précisément au lieu dit Neenga, qu’a été opéré le massacre de civils le plus horrible de la rébellion 2012. C’était le 18 mars 2013. Ce jour-là, des bandits armés ont intercepté des véhicules de forains sur l’axe Léré-Dioura. Une vingtaine de passagers sont ligotés, les yeux bandés, puis égorgés ou fusillés, et jetés dans un puits.
Depuis, malgré les multiples démarches entreprises par Tabital Pulaaku-Mali, aucune autorité politique ou administrative, aucun organisme de défense des droits de l’Homme, aucun média, n’a rendu compte de ce qui s’est passé à Doungoura.

Pire, il n’y a eu aucun signe de sympathie et de compassion des autorités pour les orphelins et les veuves. Pas plus qu’aucune enquête n’a été diligentée jusque-là pour situer les responsabilités. Alors que récemment, il a fallu que 30 touaregs soient tués dans des violences intercommunautaires à Tamkoutat (80 km au nord de Gao), pour mettre en alerte toute la République et la communauté internationale et dépêcher deux membres du gouvernement pour les « condoléances de la nation et la compassion ». Y-a-t-il dès lors deux poids, deux mesures selon qu’il s’agisse de Touaregs ou de peuls ?
Pas plus tard que le 18 novembre 2013, à Tinahamma, dans le cercle d’Ansongo, près de la frontière avec le Niger, 53 éleveurs ont été massacrés (la liste des victimes est disponible dans les archives de Tabital Pulaaku). C’est à peine si ce ne fut un fait divers.
C’est dire à tel point les peuls (du Mali tout entier) sont éprouvés par la rébellion, mais paradoxalement abandonnés à leur sort par l’Etat.
Pour en revenir aux cercles de Ténenkou, Léré, Youwarou, Niafunké et Mopti, les populations peules de ces zones vivent dans le plus grand traumatisme du fait des exactions des rebelles du Mnla, à savoir embuscades, braquages, enlèvements de bétail et vols de motos.
Le cas le plus récent, et qui a suscité notre papier, s’est produit jeudi dernier, 27 février. Ce jour-là, un camion appartenant à un certain Touré, en partance pour la foire de Léré (tous les vendredis), a été bloqué à 30 km de là par des éléments du Mnla. Les bandits font descendre la cinquantaine de passagers sous la menace d’armes à feu, les ligotent et procèdent à leur fouille systématique. Ils les dépouillent de tout : argent, téléphones, parures, marchandises et tous objets de valeur. Pire, ils mettent le feu au véhicule et s’en vont sans crainte, laissant derrière eux des victimes impuissantes, toujours ligotés.
Les forces de l’ordre et de sécurité de Léré (commandées par un capitaine à la peau blanche), alertées, n’ont même pas daigné aller faire les constats, « faute de moyens », arguent-elles. Les volontaires peuls qui ont franchi ce pas pour venir faire le compte rendu au capitaine, ont vu tous leurs parents du Mema chassés avec leur cheptel.
Cette embuscade du 27 février entre Dioura et Léré est le énième acte de banditisme dont les populations peules sont quotidiennement victimes de la part des touaregs, maures et arabes. Leurs cheptels sont enlevés comme des poulets, quasiment à tous les levers du soleil.
Les peuls sont dépouillés de leur argent, biens et marchandises suite à des embuscades tendues par les rebelles, à l’image de cette autre attaque d’un camion entre Dioura et Léré, le 19 janvier 2014.
Ils sont braqués et soulagés de leurs motos ou assassinés, comme ce peul tué pour son engin entre Nampala et Dioura, le 20 janvier.
Plus grave encore, cela fait deux ans de suite (2012 et 2013) que la transhumance n’a pas eu lieu. Et, si les animaux ne sillonnent pas le Delta intérieur du Niger cette année, c’est tout le cheptel du Macina, du Farimaké, du Mema, du Kounari, du Guimballa jusqu’à Goundam etc. qui sera décimé, et les peuls moralement assassinés et réduits à la survie économique.
L’administration est constamment mise au courant (si elle n’est pas témoin) de tous ces dangers, exactions, sévices et injustices, mais elle ne pipe pas ; pas plus que les autorités centrales.
Des brigades d’autodéfense s’implantent
Alors, les communautés peules des secteurs concernés, meurtries dans leur chair et dans leurs âmes, ont décidé de plancher sur leur destin.
Le mercredi 26 février dernier (soit la veille de la dernière attaque dont nous faisons allusion plus haut), le tabalé a retenti pour convoquer une rencontre historique dans le village de Doungoura. La réponse spontanée des populations fut proportionnelle au degré de leur ras-le-bol face à leurs souffrances et au mépris des autorités.
Vingt-quatre (24) grandes familles venues de 46 villages ont répondu à l’appel. Un seul point était inscrit à l’ordre du jour :
Que faut-il faire face à la situation ?
Les communautés peules ont été contraintes d’en arriver là parce qu’elles sont convaincues de trois choses : les rebelles ne cesseront jamais de les attaquer ; l’Etat a clairement prouvé qu’il ne viendra pas à leur secours ; et qu’elles sont abandonnées à leur sort. C’est pourquoi, la réponse à l’objet de la rencontre du jour (Que faut-il faire face à la situation ?) fut du tic au tac. A l’unanimité, l’Assemblée générale a décidé de la création des brigades d’autodéfense, partout et par tous les moyens, pour défendre les forains, préserver le cheptel, sécuriser les propriétaires de véhicules et d’engins à deux roues ainsi que les biens et marchandises.







Une grande association de 120 membres (5 de chaque grande famille présente) a été formée sur place pour suivre, encadrer et veiller à l’exécution de l’instruction distillée.

Cette instruction, la voici : « Défendez-vous ! Financez-vous ! Préservez votre cheptel, vos biens, vos vies ! Usez de tous les moyens de défense possibles : bâtons, pilons, couteaux, sabres, épées, arcs, fusils, mitraillettes ! C’est au prix de votre existence ».

Prononcé en peul, ce message s’annonce comme un appel du clairon à la défense de la patrie adressé à des soldats patriotiques. Les uns avaient les larmes aux yeux, les autres le cœur gros comme un ballon, tous prêts à verser leur sang et « laisser leur vie » sur le champ de l’honneur.





D’où ce mauvais présage d’un carnage qui se profile à l’horizon. En effet, si rien n’est fait, les communautés peules vont dorénavant riposter à toutes les attaques des rebelles dans le sang. Ceux-ci, mieux armés (par des pays voisins connus de tous) peuvent revenir massacrer tout un village et repartir. Ainsi de suite dans un cycle infini.





Toujours est-il qu’après la rencontre de Doungoura du 26 février, un communiqué a été rédigé et diffusé dans toutes les radios de proximité. C’est dire que la décision de création des brigades d’autodéfense dans toutes les contrées peules (du Mali) est largement distillée. Alors, aux autorités de prévenir. Ne serait-ce qu’en prêtant, enfin, une oreille attentive aux sollicitations de Tabital Pulaaku. Cette association a tapé à toutes les portes pour rencontrer les autorités, mais en vain.



Sékou Tamboura

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